22 juillet 2026
Aujourd’hui, une idée m’a accompagné toute la journée.
Elle est née d’un texte de Jung, mais ce n’est pas vraiment Jung qui m’intéresse.
Ce qui m’intéresse, c’est cette étrange sensation que nous connaissons peut-être tous un jour.
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Il arrive que la vie nous emporte.
Au début, ce sont les études. Puis le travail. Les responsabilités. La famille. Les imprévus. Les échéances. On avance. Parfois avec enthousiasme. Parfois simplement parce qu’il faut avancer. Sans vraiment s’en rendre compte, les années passent.
Et puis un jour…
Tout semble en ordre. On a construit quelque chose. On a rempli les obligations que la vie nous demandait.
Alors une question, discrète mais tenace, commence à émerger.
Est-ce que je vis vraiment ma vie… ou seulement celle que les circonstances ont façonnée ?
Je ne crois pas que cette question traduise une faiblesse. Au contraire.
Je me demande si elle n’apparaît pas précisément lorsque la survie cesse de monopoliser toute notre énergie.
Pendant longtemps, nous faisons ce qu’il faut faire. Nous travaillons. Nous élevons des enfants. Nous prenons soin des autres.
Nous résolvons les problèmes. Il n’y a souvent ni le temps ni l’espace pour autre chose. Se demander qui l’on est vraiment peut même sembler un luxe.
Alors on remet cette question à plus tard. Encore et encore. Jusqu’au jour où ce « plus tard » finit par arriver.
Et lorsque ce jour arrive, il ne nous demande pas ce que nous avons réussi. Il nous demande qui nous sommes devenus.
Mais un peu dans la pensée de Gandhi, ce plus tard peut aussi correspondre à la retraite, et donc celle-ci ne serait pas faite pour cesser d’agir, mais pour se détacher de l’ego, approfondir sa vie intérieure et mettre la sagesse acquise au service des autres.
Donc toutes ces années passent, je ne regrette pas ces années. Elles étaient probablement nécessaires. Mais je me demande aujourd’hui ce qu’elles ont laissé en sommeil. Quels intérêts ai-je abandonnés ? Quelles questions ai-je cessé de me poser ? Quelle part de moi ai-je mise entre parenthèses simplement parce qu’il fallait continuer ?
Peut-être est-ce cela que Jung appelle la déconnexion de soi.
Pas un événement spectaculaire. Pas une rupture. Plutôt un éloignement progressif. Presque imperceptible.
Comme un chemin que l’on quitte de quelques pas chaque jour, jusqu’au moment où l’on ne reconnaît plus vraiment le paysage.
Ce qui me rassure, c’est que cette idée n’est pas seulement psychologique.
Victor Frankl parlera plus tard du besoin de sens.
Hartmut Rosa évoque notre difficulté croissante à entrer en résonance avec le monde.
D’autres traditions, bien plus anciennes encore, diront chacune avec leurs mots que l’être humain peut s’éloigner de lui-même sans même s’en apercevoir.
Je ne sais pas encore si toutes parlent de la même chose.
Mais je trouve fascinant qu’elles pointent toutes dans une direction voisine.
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En refermant le livre, je ne me suis pas dit :
« Jung a raison. »
Je me suis demandé autre chose.
Et si ces impressions de vide que nous ressentons parfois n’étaient pas des ennemies ? Cette perte de sens. Cette énergie qui semble s’être retirée. Cette difficulté à se projeter. Ce sentiment d’être légèrement en décalage avec le monde…
Et si tout cela ne venait pas nous punir… Mais nous rappeler qu’une partie de nous attend simplement que nous revenions la rencontrer ?
Je n’ai pas la réponse.
C’est précisément pour cela que j’ai commencé ce cahier.
Parce que certaines questions méritent davantage qu’une réponse rapide.
Elles méritent qu’on leur fasse un peu de place dans sa vie.
Je crois que certaines questions ne sont pas faites pour être résolues.
Elles sont faites pour nous accompagner.
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Je ne cherche pas à conclure.
J’essaie de comprendre.